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Les EYGUESIERS






HISTOIRE DE LA RUE DES EYGUESIER

   Dans un acte notarié de 1392, Isnard Eyguesier, fils de Pierre, est dit « de Puyloubier citoyen et habitant d’Aix ». Ce village de quelque 50 habitants alors, où sont inhumés ses parents nés vers 1320 et ses prédécesseurs, est le berceau de cette famille.
   Pour notre région la seconde moitié du XIVème siècle est une période de terribles épreuves : intempéries et inondations, misère, disette, peste (qui tue en 50 ans la moitié de la population aixoise), guerres et, dans les campagnes, pillages, abandon des cultures, prolifération des loups… Les hommes de Raymond de Turenne brûlent les champs à Puyloubier, Pourrières, Trets et rançonnent les habitants. Ce n’est qu’au XVème siècle, avec le retour de la paix, que la situation s’améliorera. Au milieu de ces malheurs Isnard, sans doute en quête de plus de sécurité, immigre vers la capitale comme beaucoup de ruraux et achète en 1392 une maison dans la future rue des Eyguesier. Le Bourg St-Sauveur situé sur l’ancien castellum romain est à cette date entouré de remparts sauf dans la rue St Laurent (Paul Bert) où une partie a été détruite en 1357. L’implantation de la rue des Eyguesier est complexe et liée à celle de l’Archevêché. Au XIVème siècle l’Archevêché primitif appelé Hospitium de Crotis (la maison des salles voûtées) est seulement constitué de l’aile nord du Palais actuel. Il s’étend du sud du chevet de la Cathédrale vers le rempart de la rue du Grand Séminaire (P. et M. Curie) dont il est séparé par un jardin. Derrière se trouve le Cimetière de St-Sauveur, au sud la cour et les communs (celliers, granges, silos…).
       
plan de la rue   La rue des Eyguesier qui part de la rue de la Porte peinte (Campra) se prolonge vers le nord, près du rempart, jusqu’à l’Archevêché. Qualifiée de carriera clausa (rue fermée), elle est déjà une impasse mais plus longue qu’aujourd’hui. L’Hospitium de Crotis menaçant ruine commence à être reconstruit et agrandi vers 1450. Et au XVIème siècle la partie nord de la rue disparaîtra sous le nouvel Archevêché composé alors de trois ailes et limité au sud par un mur et un jardin. Là s’implanteront des écuries au XVIIème siècle et le Palais prendra son aspect définitif au XVIIIème. Aux XIVème et XVème siècles les Eyguesier résident dans la rue appelée rue des Sparron, rue des Revest (avant que ce dernier nom ne désigne plus tard la rue Campra) et aussi rue Eyguesier comme l’atteste un acte notarié de 1441. Il est difficile de localiser les constructions enchevêtrées au milieu de cours, de jardins, de vergers, d’étables. Les maisons des Eyguesier se situent dans la partie nord de l’impasse puisque l’une d’elles jouxte « le jardin de l’Archevêque », la cour d’une autre « la maison du seigneur Archevêque ». Jean, au XVème siècle, y possède trois maisons dont deux avec cour et étable contiguës. L’une comporte « la moitié d’un pont » qui enjambe la rue, comme il y en avait un à la rue Esquicho-Mousco (Adanson) et comme il en subsiste encore un à la rue des Magnan(s).

   Les Eyguesier sont surtout des nourriguiers et aussi des marchands, des ecclésiastiques (Claude est chapelain perpétuel à St-Sauveur, son neveu à Ansouis). Isnard, le premier arrivé, est inhumé avec Douce, son épouse, et leurs enfants morts avant eux, dans le cimetière de St-Sauveur. Les autres élisent sépulture dans « la sainte église St-Sauveur d’Aix, devant la chapelle et le retable de St Claude ». Leurs professions et leurs charges, l’abondance de leurs biens immobiliers et fonciers à Aix et aux alentours, leur environnement matériel (mobilier, vaisselle, linge et vêtements, bijoux…), les legs effectués au profit de l’Eglise, les dots de leurs filles, leurs alliances avec des notaires, les titres dont ils sont gratifiés : « noble Antoine Eyguesier bourgeois d’Aix » laissent à penser qu’ils vivent dans l’aisance.
   En cette fin du Moyen Age la rue est habitée, en plus des Eyguesier, par des gens de conditions diverses : berger, jardinier, boulanger, prêtre, notaire… et aussi par les familles nobles d’Esparron, de Revest, de Guiramand alliée à Palamède de Forbin.
   En 1497 d’autres Eyguesier y acquièrent la maison des Guiramand qu’ils occuperont jusqu’au milieu du XVIIème siècle. Leur hôtel situé à l’angle nord-ouest de la rue actuelle existe encore aujourd’hui.
   A partir du XVIIème siècle les habitants y sont de milieux plus modestes hormis la famille de Thomassin illustrée jusqu’en 1750 par le dernier viguier d’Aix. On appelle alors la rue la traverse du viguier.
   De nos jours, rien ne laisse deviner le riche passé de cette modeste impasse perdue dans le dédale des rues médiévales du vieil Aix.
Préservés peut-être des périls du temps par l’ombre tutélaire de la Cathédrale où ils reposent, les Eyguesier de Puyloubier ont survécu seulement grâce au nom de leur rue. Et c’est un privilège pour l’une de leurs descendantes de faire revivre l’histoire de cette famille méconnue.

QU’EST-CE QU’UN EYGUESIER ?
   Les noms de famille deviennent héréditaires à partir du XIIIème siècle. Ce sont en général des noms de baptême, de lieu, de métier, des sobriquets … Le mot eyguesier est un nom de métier et un nom typiquement provençal.
   A cette époque l’eyguesier est le conducteur des juments (latin equa, ancien provençal eygue) utilisées pour le dépiquage qui consiste à détacher les grains des épis après la moisson. Cette opération se pratique sur une aire constituée de terre durcie ou de dalles soigneusement jointes. Parfois les paysans y battent le blé au fléau. Mais le plus souvent des juments attelées par deux et dirigées par un eyguesier le foulent de leurs sabots, comme dans l’Antiquité. L’utilisation des cylindres de bois puis de pierre, les rouleaux  d’aire, est plus tardive en Provence. L’eyguesier est un spécialiste dont la compétence est recherchée et bien rémunérée.
Rapprochant le mot eyguesier du latin aqua : l’eau et de l’ancien provençal aygue, on a pu lui attribuer le sens de porteur ou distributeur d’eau. Mais cette étymologie est actuellement  remise en cause.
   Quoi qu’il en soit, lorsque le premier ancêtre connu de cette famille de Puyloubier, Pierre Eyguesier, voit le jour vers 1320, il y a peu de temps que le nom commun est devenu nom propre.

QU’EST-CE QU’UN NOURRIGUIER ?
   Les Eyguesier du Bourg St-Sauveur des XIVème et XVème siècles originaires de Puyloubier ne sont plus des eyguesiers, mais des nourriguiers c’est-à-dire des éleveurs de bestiaux, essentiellement de moutons. Le nourrin en ancien provençal désigne le jeune bétail. Isnard, Pierre, Jean, ses fils Mitre et Philippe constituent quatre générations de nourriguiers.
   Vers 1400 l’élevage des ovins et la transhumance se développent non seulement dans la Crau et la Camargue, mais aussi autour d’Aix. D’octobre à mai les bêtes paissent dans le bas pays aixois. Mais début juin des multitudes de moutons, jusqu’à 50 à 60 000, marqués à la poix du signe de leurs éleveurs, entreprennent une migration de deux à trois semaines vers les pâturages des Alpes du sud où ils resteront jusqu’en septembre.
   Les nourriguiers ont organisé préalablement cette transhumance et des baux signés à Aix entre eux et les propriétaires d’alpages stipulent toutes les conditions des locations de montagnes. Nous savons ainsi qu’Isnard et Pierre, seuls ou associés à d’autres éleveurs, louent des pacages entre 1416 et 1427 à Allos, Blégiers, Thorame-Basse, Méailles et Péone (dont les pâturages sont devenus en 1936 les pistes de ski de Valberg).
   A cette époque Aix, ville de quelque 10 000 habitants et capitale de la Provence, est au carrefour des échanges commerciaux de la région. Et les ovins y occupent une place primordiale. Des produits laitiers, surtout des fromages, sont fabriqués à partir du lait des brebis.
La viande de mouton constitue l’essentiel de la consommation carnée des Provençaux. Les peaux sont utilisées par tous les professionnels de la fourrure et du cuir : savetiers, boursiers, ceinturiers, selliers, merciers…
   Mais c’est le commerce de la laine qui est le plus florissant et le plus lucratif. La tonte des bêtes se pratique au printemps et à l’automne. La laine lavée, triée et mise en sacs est vendue sur place ou exportée à dos de mulets dans les Alpes, jusqu'à Lyon et Genève, ainsi que dans le Piémont pour approvisionner l’activité textile.
L’élevage des moutons représente à la fin du Moyen Age dans notre région l’un des moyens les plus sûrs de s'enrichir.
Ces Eyguesier ont su en tirer profit et sont devenus, grâce à lui, en leur temps, des bourgeois aisés.

Sources : Archives départementales des Bouches-du-Rhône, Archives municipales d’Aix et ouvrages divers.
Réalisation : Colette DIJOUX, descendante des Eyguesier. 2007 .

Activités de l'antenne aixoise de l'AG.13


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