plaque rueJACQUES DE LA ROQUE

(1467 ? - 1540) 

FONDATEUR DE L’HÔPITAL SAINT JACQUES


portrait



HISTOIRE FAMILIALE
    
La date  de naissance de Jacques  de la Roque  n’est pas connue précisément.
Il serait né à Aix en 1467, à une ou deux années près.

A sa mort en 1540, son corps fut déposé comme ceux de ses enfants et celui de son frère Tanguy dans le caveau qu'il avait fait creuser dans la chapelle Saint Mitre à la cathédrale Saint Sauveur.

Comme tous les aixois de cette époque, son père, titulaire de la chapelle Saint Mitre, vénérait ce saint, patron de la ville. Il fut le donateur d'un tableau représentant Saint Mitre décapité, tenant selon la légende, sa tête dans ses mains. Mitre de la Roque et sa femme Jeanne Segnon figurent aux côtés du martyr ainsi que les trois frères et les quatre soeurs de Jacques. (Ce dernier est placé en arrière de son aîné). Ce tableau resta dans la chapelle Saint Mitre jusqu'à ces dernières années
 
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sainte mitre

testament





Jacques de la Roque vécut en sa ville d'Aix pendant la fin du XVème siècle et la première moitié du XVIème. Il assista à la réunion de la Provence au Royaume de France. Il connut le règne de cinq rois : le roi René, comte de Provence, Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier, le temps des guerres en Italie et les ravages des troupes impériales de Charles Quint en Provence en 1524 et 1536.


Jacques de la Roque était le descendant d'ancêtres d'origine bretonne, fourreurs et pelletiers, venus s'installer à Aix au début du XVème siècle et qui avaient fait fortune dans le commerce des peaux. La succession du commerce paternel revenant à l'aîné, Jacques de la Roque s'établit marchand et commerçant de matériaux divers, "ferratier" et drapier. Il tenait boutique dans la maison familiale située rue Droite, actuellement rue Foch, et probablement devenue au XVIIème siècle l'Hôtel d'Arbaud. Il était aussi propriétaire terrien agricole et immobilier dans la région de Pertuis, de Salon et d'Aix. Il était devenu un riche homme d'affaires.

En 1491, il épousa Catherine Penchinat.
Les enfants nés de cette union étant tous décédés en moins de vingt ans, le couple avait "verbalement adopté" deux jeunes filles qui furent élevées et mariées dans les meilleures conditions.
Catherine était la troisième fille d'un important marchand fourreur, née comme ses deux soeurs d'un premier mariage. Elle avait trois frères nés d'un remariage après décès de la première épouse, du nom de Honorade Fenohle.

Les épidémies de peste faisaient tous les dix ans des ravages en Provence, la famille de la Roque et celle des Penchinat furent contaminées. A chaque vague les décès les accablèrent. En 1483, survint le décès de Jean de la Roque, oncle de Jacques, frère aîné de Mitre, suivi du père de Jacques un mois plus tard. Jeanne Segnon, mère de Jacques, devint tutrice des sept enfants mineurs, seul l'aîné était majeur. Dix ans plus tard, Jacques de la Roque sera tuteur, avec les maris de ses belles soeurs  de ses trois jeunes beaux-frères.

Si la vie professionnelle, sociale et publique de Jacques de la Roque fut pleine et réussie, les maladies, les décès, les conflits familiaux ne l'épargnèrent point. Une forte personnalité, un caractère peut-être autoritaire l'opposaient à Jeanne, sa mère qu'il avait obligation de loger et avec laquelle il vivait dans la maison familiale héritée de son père. Les voisins étaient témoins de violentes disputes entre eux, les éclats de voix s'entendant jusque dans la rue. A la suite de désaccords, Jeanne Segnon ne douta pas d'engager une procédure contre son fils. En 1493,  elle obtiendra qu'il soit déshérité au motif "d'ingratitude", poussant même les griefs jusqu'à demander son excommunication.
Jacques de la Roque ne retrouva l'héritage familial qu'après les décès de ses frères. Jeanne Segnon habitera cette maison jusqu'à sa mort vers 1513.

En 1521, après avoir vendu sa boutique et loué sa maison, Jacques de la Roque ira s'installer rue des Trabauds devenue rue du Bon Pasteur, où il finira sa vie.

Homme de bien, Jacques de la Roque était devenu une figure légendaire des Aixois, son nom évoque à notre époque une rue très connue à Aix et le nom d'une aile du Centre Hospitalier du Pays d'Aix. Il reste aussi les bases qui ont permis à son oeuvre de prospérer et d'aboutir à l'hôpital moderne que nous connaissons.


SON OEUVRE

Jacques de la Roque appartenait à la bourgeoisie qui s’enrichissait par le commerce, les affaires, et à la classe dirigeante qui partageait avec l’église le pouvoir. C’était un personnage important dans la vie de la cité.
Il eut un rôle actif à Aix en tant que Juge des Marchands de 1502 à 1504 et comme second Consul en 1514, 1522, 1530.
Au cours du second consulat de 1522, il remit en ordre les finances de la ville.
Par le hasard des évènements, à chacun de ses consulats, il y eut une épidémie de peste.

Lors de la période de disette en 1530-1531, il acheta dans la région du blé, revendu à prix coûtant aux pauvres gens, afin qu'ils ne manquent pas de pain.

Connu pour sa générosité, sa charité, son dévouement aux pauvres et aux malades, il jouissait d'une haute estime de ses contemporains.  Comme tous les gens de cette époque, soucieux du salut de son âme, il s'efforçait par des actions charitables, de mériter, pour lui et pour ses proches, la vie éternelle.
Ses enfants étant tous décédés très jeunes, sa fortune devenue inutile, il voua sa vie, sa fortune et ses revenus, à soigner ou à faire soigner les pauvres et les malades.

hopitalEn 1518, il décida de construire un hôpital.
Il choisit comme emplacement un enclos de vigne au sud de Notre Dame de Consolation, à 300 mètres environ des murs de la ville, en bordure de l'actuelle avenue Philippe Solari et angle de la rue Pontier. Après une négociation avec le Chapitre de Saint Sauveur qui était propriétaire de ce lieu, il obtint par acte du 3 Mai 1519 d'être affranchi de toutes redevances, sous condition que "l'Hôpital reste Hôpital", faisant valoir qu'il prenait soin de la construction
dans un court espace de temps, de l'hôpital et d'une petite chapelle attenante. Il lui donna le nom d'Hôpital Saint Jacques en hommage à son saint patron.

Les travaux ne furent définitivement achevés  qu'en 1533, mais les locaux des hommes étaient déjà en service depuis 1521.

Au cours des années qui suivirent, Jacques de la Roque consacra son temps et ses revenus à parachever les bâtiments et leurs dépendances, à pourvoir aux besoins de l'intendance et aux soins donnés aux pauvres malades. L'Hôpital était conçu pour recevoir, hommes, femmes et enfants dans deux bâtiments séparés, d'environ vingt lits chacun, comportant dortoirs et chambres. Le confort matériel y était suffisant en draps, couvertures, literie de qualité et en quantité. En occupation pleine (lits à plusieurs places) on comptait jusqu'à cent personnes.
La nourriture frugale correspondait au mode d'alimentation de ces temps anciens. Jacques de la Roque en avait donné lui-même la composition dans ses testaments.
Il n'y avait pas de médecin ou de chirurgien permanent, on faisait appel aux praticiens uniquement en cas de nécessité.
Il employait deux religieuses du Tiers Ordre de Saint François, un hospitalier et un muletier quêteur et dirigeait tout l'hôpital avec l'aide d'un trésorier.
Tous les détails sur le fonctionnement, l'organisation, le recrutement du personnel laïque ou religieux étaient définis avec précision dans les différents testaments et codicilles laissés par Jacques de la Roque ainsi que dans le Livre de Raison  qu'il a tenu en langue provençale de 1528 à la fin de sa vie.


donation 1
A la fin de son troisième Consulat, le plus important, il annonça en séance du Conseil le 8 Octobre 1531, vouloir faire donation de son Hôpital à la Ville d'Aix qui l'accepta. Les Conseillers décidèrent alors l'union des biens de tous les Hôpitaux et Hospices de la ville, dont ceux du clergé, à celui de Jacques de la Roque,contrairement à sa volonté. Les Conseillers avaient compris que la donation incluait aussi les biens de Jacques de la Roque alors qu'il s'agissait uniquement des bâtiments et des biens mobiliers de l'Hôpital. Son intention était de conserver le produit et la gestion de l'Hôpital jusqu'à sa mort.

Pour Jacques de la Roque, il n'était pas question de dotation, c'est à dire de produits financiers, mais de donation sous réserve de respecter certaines conditions. Car, il était farouchement hostile à la présence éventuelle au sein de son oeuvre, du clergé envers lequel il n'avait aucune confiance en ce qui concernait la gestion des biens et qui était plus préoccupé de son propre enrichissement que de l'aide à donner aux pauvres.

Il affirma résolument que la chapelle attenant à l'hôpital, voulue sans clocher ni autel, devrait rester profane et laïque. De fait, aucun prétexte ne pouvait être invoqué par l'autorité ecclésiastique pour imposer son autorité et sa prééminence.

Ses testaments, notamment, celui du mardi 25 Juin 1532, ne laissent aucun doute sur ses intentions. Il désigne non pas la Ville et ses Consuls, mais "l'Hôpital et les pauvres hospitalisés comme héritier universel",il veut que tous ses biens soient affectés aux soins, à l'entretien et à la nourriture des pauvres de Jésus-Christ pendant le cours de leurs maladies, n'excluant aucun malade, "exceptés les pestiférés et les enfants bâtards".

Mais aussi,  il prévoit de pérenniser son oeuvre après sa mort, en fixant des clauses irrévocables "Aucun ecclésiastique, quelque rang qu'il ait dans l'Eglise, ne devra être placé à la tête de l'Etablissement qui devra être dans tous les temps et tant que le monde durera, privé, profane, laïque". Afin d'empêcher toute dérive de son oeuvre, il stipule formellement que "si le Pape, le Légat ou l'Archevêque, ou bien la Ville, venait à modifier la destination de ses biens de l'objet fixé par lui même...., la possession et les biens de son oeuvre seraient confiés immédiatement à son hériter le plus proche par le sang".

Une grave maladie en 1532-1533 l'éloignant de la vie publique, l'Hôpital fut géré comme prévu dans un testament, par d'anciens consuls. Il constata à ce moment qu'on voulait l'évincer car on le croyait condamné. La guérison sera longue avant qu'il retrouve la santé. Mais tout en gardant des séquelles motrices, il reprendra la lutte courageusement.

Le 15 Août 1535, dans un autre testament, il laisse à nouveau tous ses biens et tout ce qu'ils pourront rapporter pour nourrir les pauvres de l'Hôpital.

donation 2La même année, Jacques de la Roque avait à Pertuis un rendier et ami, un vaudois condamné avec six autres vaudois à être brûlés vifs pour hérésie. Il ressentit le danger de l'Inquisition qui pouvait  le viser pour cette amitié et son attitude méfiante à l'égard du clergé.
Ayant pris conscience, après l'autodafé de son rendier de Pertuis, que sa prévention envers le clergé devenait dangereuse, il mit plus de diplomatie dans sa formulation écrite, mais maintint sur le fond ses volontés.
Les biens qu'il possédait à Pertuis gérés par son ami vaudois, furent mis sous séquestre. Il les récupéra à l'issue d'un procès difficile.

En 1536, lors du second passage en Provence de Charles Quint, la défense de la ville imposait de démolir les constructions extérieures aux remparts, et donc de l'Hôpital. Il évacua tout le contenu mobilier et retarda à prix d'or la destruction, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de danger. L'Hôpital fut sauvegardé. Jacques de la Roque partit se mettre en sécurité à Pertuis.

A son retour, se sentant en danger, il demanda la protection du Roi. Le 12 Janvier 1537, il obtint des lettres de sauvegarde du Roi François Ier, pour sa personne et ses biens. On ne sait pas pourquoi il avait des ennemis "envieux et malveillants".

Par testament du 20 avril 1537, il déshérita l'Hôpital de ses biens et en fit donation à Honoré Penchinat, un proche cousin de sa femme. En même temps, il réalisait le rêve de sa vie, créer une riche famille portant son nom et l'héritage restait dans la famille. Cette décision provoqua un grand trouble au sein de la municipalité.
 

Le 18 Octobre 1537, François Ier signe les lettres patentes confirmant l'union des hôpitaux de la Ville.
Au cours des années qui suivirent, Jacques de la Roque fut en procès avec le Conseil, qui entendait récupérer la dotation et prendre le contrôle de l'Hôpital. Seize personnes portèrent de faux témoignages contre lui, le discréditant devant la Cour.
Le 2 Septembre 1537, autre testament.
Le 13 Mars 1538, nouveau testament : il redoute que la Ville et les Pauvres qu'il a déshérités détournent les locaux à d'autres fins. Jusqu'au bout, il lutta pour imposer sa volonté.
Les contestations continuèrent entre les Recteurs, les Pauvres de l'Hôpital et le neveu Honoré Pinchinat qui était l'héritier de Jacques de la Roque.
Après sa mort, il y eut un rebondissement que Jacques de la Roque n'avait pas prévu, malgré les dispositions juridiques mises en place. Trois des fils d'Honoré Penchinat et lui-même étant décédés en quelques années, il ne resta qu'un seul héritier qui était prêtre. Or, Jacques de la Roque avait exclu comme héritiers possibles les femmes et les prêtres.

Le 16 Septembre 1551, un arrêt du Grand Conseil adjugea aux Pauvres de l'Hôpital tous les biens ayant appartenus à Jacques de la Roque.
Le procès s'arrêta donc à défaut d'héritier et, en 1553, les biens de Jacques de la Roque revinrent à la Ville.

Après la mort de Jacques de la Roque, l'Hôpital continuera à fonctionner, mais les principes qu'il avait édictés, se modifièrent avec les aléas de l'histoire et ceux de la nature des hommes, sauf la laïcité.
Jusqu'à nos jours, l'Hôpital poursuivra la mission voulue par Jacques de la Roque en restant le premier et le plus important lieu de soins de la ville d'Aix.

Plusieurs personnages importants contribuèrent à perpétuer et amplifier l'oeuvre de Jacques de la Roque. Des dons conséquents permirent des agrandissements, en particulier ceux de Monsieur de Jarente, Président en la Cour des Comptes et Archevêque d'Embrun, de Jean Baptiste Brancas, Aumônier du Roi, Evêque de la Rochelle en 1725 et d'Aix en 1729, Antoine de Tres, Conseiller au Parlement et aussi du Marquis de Méjanes, autre bienfaiteur, et fondateur de la Bibliothèque Municipale d'Aix qui porte son nom et de beaucoup d'autres.

Après 490 ans, l'emprise au sol de l'Hôpital Saint Jacques existe toujours. La volonté testamentaire de Jacques de la Roque a préservé ce patrimoine contre les déviations toujours possibles. Des constructions primitives, il ne reste aujourd'hui que quelques vestiges, des traces de fenêtres, la petite chapelle, une grande cave voûtée, un beau puits.
Notre Dame de la Consolation attenante à l'Hôpital resta indépendante jusqu'à la Révolution, où elle devint "la chapelle de l'Hôpital".

Grâce aux dons et à l'action de Jacques de la Roque, des milliers de malades, de pauvres, des insensés, des pélerins, ont été secourus, soignés, réconfortés durant près de cinq siècles et pour certains il y eut une fin de vie dans la dignité. N'était-ce pas ce que Jacques de la Roque avait voulu ?



rue
Sources :

BOUYALA D'ARNAUD : Evocation du Vieil Aix - 1967
CHAVERNAC docteur : Testament de J. de la Roque -1876
DE HAITZE P J : Grande et petite histoire de l'hôpital St Jacques d'Aix
DUQUESNE R : Histoire de la ville d'Aix -1880
DURANTI de la CALADE : Les Annales de Provence
MOUAN JLG : Notice historique sur J. de la Roque
PASCAL A abbé : Monographie de l'hôpital St Jacques d'Aix -1922
PAYAN MG docteur :
- Le livre de raison de J. de la Roque : transcription et commentaires  - (Thèse de 3° cycle) - Université de Provence - 2007
- Provence Historique n° 221 - 2005
ROUX ALPHERAN FA : Les rues d'Aix - recherches historiques sur l'ancienne Provence

Avec l'aide du Service de la communication du Centre Hospitalier Général d'Aix en Provence

Remerciements et profonde reconnaissance à Madame PAYAN 
pour sa contribution historique et culturelle exceptionnellle.

Auteur du panneau : Pierre COMTE
 
Activités de l'antenne aixoise de l'AG.13


           


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